« La Cantatrice chauve » de Ionesco, coiffée par Lagarce

Publié le par Mat

« Et la cantatrice chauve ? » On aimerait faire nôtre cette interrogation formulée par le pompier, dans la pièce d'Eugène Ionesco. Mais peu importe, après tout. Dans cette comédie extravagante, tant décriée à ses débuts en 1950, inutile de chercher à comprendre le titre, né du lapsus d'un des comédiens lors d'une répétition. Il est tout aussi vain de rationaliser l'intrigue, puisqu'il n'y en a point. Tout au plus, peut-on resituer les personnages qui s'égosillent dans un fatras de propos déraisonnables, sur la pelouse vert-fluo d'un jardin à l'anglaise.
Et ce depuis plus de cinquante ans. C'est en effet depuis 1957 que le théâtre de la Huchette affiche sans discontinuer « La Cantatrice chauve » à sa programmation. Coïncidence, c'est cette même année que naissait Jean-Luc Lagarce, auteur dramatique contemporain le plus joué en France. Décédé depuis 1995, c'est à lui que l'on doit la mise en scène de ces six personnages, tous plus farfelus les uns que les autres.
Deux couples londoniens, les Smith et les Martin, la bonne de maison et un pompier. Encore que les époux, parés des mêmes accoutrements « so british », soient en tous points interchangeables. D'autant que la distribution des rôles joue sur un effet de contraste évident. Monsieur Smith est petit et rondelet quand sa femme, juchée sur talons, le dépasse allégrement d'une tête. Et inversement chez les Martin. Madame, courte et hystérique. Monsieur, fin, nonchalant et pour le coup désopilant.
Plus que le comique de situations pseudo-angoissantes rythmées par la musique de « Psychose », ce sont les digressions pittoresques des comédiens qui régalent le public. Le tout sur fond de retournements d'alliances des couples en perpétuelle bisbille. La morale de tout cela ? Montrer l'absurdité de certains discours, de certaines disputes, de la vie en elle-même parfois. Quant à la cantatrice chauve, « elle se coiffe toujours de la même façon ».

Au théâtre d'Hérouville, ce jeudi, à 19 h 30 ; vendredi, à 20 h 30. Rens. 02 31 46 27 29.

 

Assis sur leur chaise, Mme & M. Smith. A même le sol, le couple Martin. Mais point de cantatrice chauve dans l'oeuvre de Ionesco, ici mise en scène par feu Jean-Luc Lagarce. Le théâtre de l'absurde à son paroxysme.

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Publié dans Ouest France

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