Le rugby doit transformer l'essai à Caen
« Le rugby, c'est au Sud de la Loire ! » Avec Michel, les choses ont le mérite d'être claires. « Les pommes normandes ne sont pas ovales à ce que je sache... » Caennais d'origine ariégeoise, il fait pourtant partie des authentiques adeptes de ce sport. Un état d'esprit, des valeurs. Mais autour de lui, le même constat : à dix jours du match d'ouverture de la Coupe du Monde, qui aura lieu conjointement en France et en Grande-Bretagne, la mayonnaise peine à prendre.
« Je vends toujours Midi Olympique et Rugby Mag, concède Laurent, gérant d'un bar-tabac au centre-ville, mais il n'y a pas plus de vente qu'à l'accoutumée. » À J-10, la question devient brûlante : pendant combien de temps encore les Caennais vont-ils attendre derrière l'en-but ? De l'avis général, il faudra au moins patienter jusqu'aux quarts de finale, voire plus. En espérant que le Quinze tricolore soit de la partie. « Comme lors de la Coupe du Monde de foot en 1998, explique Baptiste, 18 ans, rugbyman amateur. La pression a commencé à monter au fil de la compétition. » Certes. Mais alors qu'on pensait le rugby en voie de popularisation, force est de constater que la fête n'a pas encore commencé... en Normandie. « Ce n'est pas le Sud ici, constate Laurent Lecordier, responsable du magasin Sport leader. Nous sommes plutôt dans une terre de foot. Le rugby n'est pas encore aussi populaire, mais je reste persuadé que l'engouement va monter progressivement. Les gens vont adorer l'ambiance qu'il y a dans les stades. Ça n'a rien à voir avec le foot. »
Trois fois plus de maillots vendus
Esprit festif d'un côté, castagne de l'autre, tous prêts à se réfugier dans la grande famille de l'ovalie ? Saïd Boudiba, responsable du rayon sport collectif à Décathlon, a bien noté une progression des ventes de maillots et accessoires de rugby. « Trois fois plus que l'an dernier à la même époque. On sent qu'il y a un intérêt de la part de personnes qui ne connaissaient pas bien ce sport. Ils nous demandent comment on utilise les protections par exemple... Mais les ventes sont encore minimes par rapport à celles des maillots de foot. »
Au magasin de Mondeville, on a pourtant essayé d'appâter le chaland. En plus des traditionnels tee-shirts français et néo-zélandais, le rayon s'est agrandi. « Depuis peu, il y a celui de l'Australie et de l'Afrique du Sud. Deux équipes incontournables et puis le maillot anglais car nous avons des clients qui viennent de l'autre côté de la Manche. » Au détour du rayon « sports collectifs », enfin un supporter ? « Yes, from Wellington. »
Partenaires au rendez-vous
Pourtant, la Coupe du Monde, tout le monde en a entendu parler. Battage publicitaire oblige. Les partenaires commerciaux de l'événement ont sorti les affiches 4X4. Chez France Télécom, les anciens Bleus Émile Ntamack et Fabien Galthié répondent présents à l'appel. Même si l'on assure qu'ovalie et téléphonie font bon ménage depuis longtemps. « Audace, dynamisme, transparence, simplicité et proximité. Ce sont des valeurs véhiculées par le rugby et qui correspondent à la marque Orange », récite Jean-Paul Petit, responsable d'un service client de l'opérateur de téléphonie mobile. Pas sûr que les vignettes autocollantes « spécial rugby » ne permettent au magasin du centre-ville de liquider plus de ses boîtiers Internet.
Du côté de Sport leader, c'est le sponsor du XV tricolore qui allonge les billets afin de « mettre en valeur les produits rugby de la marque ». Le tout dans un espace prochainement réaménagé. À côté des baskets à la mode en cette rentrée s'affiche Frédéric Michalak, le demi-d'ouverture français. Personne ne semble y prêter attention. Pour l'instant.
À dix jours de la Coupe du Monde de rugby, les partenaires commerciaux de l'événement sont au rendez-vous. Mais l'engouement populaire n'a pas encore commencé à Caen. Les ventes de maillots tricolores se portent pourtant bien.