Janine raconte sa vie avant les bombes

Publié le par Mat

Alors que Caen célèbre aujourd'hui le 63e anniversaire de sa Libération, Janine Hardy, 87 ans, évoque la vie du centre-ville. Un quartier parti en fumée en 1944.

La vue sur le château ducal n'est pourtant pas mal, mais Janine Hardy préférait son « Vieux Caen ». Du troisième étage de son appartement, rue Montoir-Poissonnerie, un bâtiment construit après-guerre lui abîme la vue sur l'église Saint-Pierre. Dommage collatéral d'une reconstruction que cette fidèle du quartier du Vaugueux a suivie depuis les ruines de son habitation. Janine Hardy avait 23 ans, le 19 juillet 1944, lorsque la Rive droite de Caen fut libérée, dix jours après la gauche. Libérée mais « ruinée ».

« De l'Université jusqu'à la gare, il n'y avait plus rien. Les bombardements américains avaient ravagé tout le centre-ville », raconte la vieille dame, du haut de ses 87 ans. « Le premier bombardement vraiment sérieux a eu lieu le 6 juin à 13 h 25. » Dès le matin, la caserne et la gare avaient bien été visées, mais « ce n'était rien » en comparaison de ce qu'eurent à subir les civils du centre-ville.

« Des tonnes de bombes nous sont tombées sur la tête. Même les arbres vieux de 200 ans étaient déracinés », se souvient Janine Hardy, alors réfugiée au lycée Malherbe avec les employés de la mairie. Son appartement place du Marché-aux-Bois détruit, elle attendra douze ans pour être relogée. Dans une ville complètement remodelée.


Un vrai mélange de populations


Heureusement, les souvenirs d'avant-guerre demeurent : « Caen était une ville drôlement construite, avec beaucoup de venelles, vers le boulevard des Alliés, et de grandes cours. Il y avait également de très belles maisons normandes vers la rue Guilbert, et des hôtels particuliers qui appartenaient aux familles nobles. » Mais aussi des commerces en grand nombre : « Beaucoup d'épiciers, de cafetiers » qui logeaient au-dessus de leur échoppe, au centre-ville.

« Il y avait un vrai mélange de populations. À l'époque, les notables cohabitaient parfaitement avec les commerçants », regrette aujourd'hui Janine Hardy. Une mixité sociale qui contribuait au charme de la capitale bas-normande, à l'en croire. Les richesses de la ville, matérialisées par les « magnifiques maisons à colombages rue de Geôle », s'étalaient à proximité « de coins vraiment populeux comme la rue des Teinturiers ». Souvenirs d'un temps révolu.

Un temps où les enfants couraient les rues, pendant que leurs aînés fréquentaient les brasseries. « Ça pullulait de partout. Le dimanche, il y avait un monde fou dehors. » Lieux de rendez-vous prisés des Caennais, autour du boulevard des Alliés, devant l'église Saint-Pierre : le Théâtre municipal, la brasserie Chandivert et les salles du cinéma Majestic. Autant de coins où Janine et ses amis aimaient à traîner leurs guêtres. « Pour nous, passé l'Orne, c'était la campagne, c'était déjà plus Caen ! »

Le 7 juin 1944, après deux jours de bombardements intensifs, ils furent pourtant 20 000 Caennais à franchir les frontières de la ville pour trouver refuge « dans l'Orne ou vers Bayeux ». Beaucoup ne reviendront pas après le 19 juillet 1944, une fois la ville entièrement libérée. Janine Hardy, elle, ne l'a jamais quittée.


Janine Hardy avait 23 ans en juillet 1944, lorsque la ville de Caen fut libérée après des années de bombardements et de souffrances.

Le centre-ville de Caen, où habitait Janine Hardy, a été particulièrement touché par les bombardements. Ici, l'église Saint-Pierre, le 10 juillet 1944.



Publicité

Publié dans Ouest France

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article