Menaces, dégradations et bagarre au tribunal
Trois affaires ont été jugées par le tribunal correctionnel de Caen, jeudi après-midi.
Menaçant. Teint hâlé, costaud et hésitant. Devant la juge, Franck dit regretter ses propos. En la circonstance, des menaces à l’encontre d’un policier municipal. Une vieille connaissance qu’il croise au poste de Ouistreham le 9 octobre dernier alors qu’il venait déposer une plainte avec sa concubine. « Les policiers n’ont pas voulu la prendre », explique à la barre ce marchand ambulant de Lion-sur-Mer. « Très énervé » ce soir-là, il use de menaces à peine voilées, gratinées d’insultes fleuries. Le policier, constitué partie civile, raconte avoir vécu dans la peur pendant quelque temps. Il demande des excuses et obtient 500 € de dommages et intérêts. Franck, déjà connu de la justice pour ses relations tumultueuses « avec les représentants de l’ordre public » est en outre condamné à 5 mois de prison avec sursis.
Fracassant. C’est au tour de Roger, 46 ans, ouvrier agricole près de Bayeux. Le 20 octobre dernier, il casse le pare-brise de son ex-femme à coups de casque. « Vous êtes séparés d’elle depuis 2004, relate la juge. Pourtant vous ne cessez de l’importuner notamment sous prétexte de voir votre fille. » Roger dément avoir levé la main sur la mère de ses enfants mais assume une partie des dégradations de la voiture. « Sur le pare-brise oui, mais pas sur le capot, autrement j’aurais cassé mon casque. » Il explique son geste : « Je n’étais pas ivre mais en colère car elle avait un autre ami et ça ne m’a pas plu. » Quelques mois plus tard, c’est avec son fils que Roger dérape. « Il passe en scooter devant votre domicile et vous l’attendez à son retour avec un fusil à la main », lit la juge. Juste pour lui faire peur, se défend Roger. « Cela faisait quinze jours qu’il passait devant chez moi et me faisait des doigts d’honneur. Mais je n’aurais jamais tiré… c’est mon fils quand même. » La substitut du procureur le tance : « On peut comprendre que vous étiez excédé mais ce n’est pas à vous de faire votre propre loi. » Verdict : trois mois de prison avec sursis et sa carabine saisie.
Confondant. Anthony se présente. 21 ans, veste marron, 1,75 m, carrure de rugbyman. Il ne sait pas ce qu’il fait là. Le 20 mai dernier, il rentre « bien imbibé » d’un mariage et dit s’être retrouvé mêlé à une bagarre générale dont il ignore les motifs, en plein centre-ville de Caen. En tout état de cause, Sébastien, lui, sort avec contusion et cicatrice de cet obscur pugilat. Absent à l’audience, il a indiqué dans sa déposition ne pouvoir identifier son agresseur, qui l’aurait étranglé par-derrière. « Mais son amie est formelle », assure la juge. C’est Anthony qui l’aurait basculé. Interpellé par la police alors qu’il courrait, le jeune homme justifie sa fuite : « Je ne voulais pas finir en cellule de dégrisement. » Vivacité d’esprit suspecte pour la substitut du procureur, venant d’un homme qui affirme ne pas boire fréquemment. Et puis, « pour quelqu’un qui n’a rien à se reprocher, pourquoi ne pas avoir voulu donner le nom de vos quatre camarades avec vous ce soir-là ». Une preuve de sa « fidélité en amitié », selon son avocate. Elle demande la relaxe. « Il a eu le malheur de se trouver là ce jour-ci ». Pour la partie civile, en revanche, tout plaide en sa défaveur. Anthony « a le vin plus mauvais qu’il le dit ». La substitut du procureur demande une peine d’avertissement de deux mois avec sursis. Le jugement ne sera rendu que le 3 septembre. « Le doute profite au prévenu », prévient la présidente.