Planet Asia - "The Medicine" - ABB Records (2006)

Publié le par Mat

Après « The Sickness », album maladif au possible et « The Diagnosis », opus passé totalement inaperçu en février dernier, Planet Asia sort chez ABB le troisième volet de sa trilogie. Titré avec justesse, « The Medicine » apporte quelques solutions thérapeutiques aux pathologies révélées lors des dernières sorties du MC de Fresno.

Au vu de l’équipe médicale entourant le rappeur convalescent, le 16 titres ne pouvait être qu’une réussite : des productions assurées par le prolifique Evidence (épaulé sur trois titres par Alchemist, Nucleus & Bravo), un turntablist de renom en la personne de DJ Babu et une tripotée d’invités de choix (Dilated Peoples, Krondon, Defari ou Phil Da Agony pour la côte ouest, Black Thought et Prodigy pour l’Est).

A l’écoute, l’album confère pourtant un sentiment mitigé. La rechute est certes évitée mais les pilules n’ont pas produit tous les effets escomptés. Le retour en grâce du lyricist californien n’est pas à l’ordre du jour. Malgré un flow toujours aussi percutant, les textes versent encore un peu trop fâcheusement dans l’egotrip ou dans le « Cali Gangsta », à l’œuvre sur le remuant « Thick Ropes » ou sur le très disco-hyphy « On Your Way 93706 ». Les titres plus réfléchis comme « Old Timer Thoughts » relèvent heureusement le niveau. Dommage que le couplet/hommage de Defari aux « Anciens » sente le réchauffé de son « Interview » donnée sur l’album de Likwit Junkies en 2005.

Côté production, la première satisfaction est de percevoir une homogénéité - « made in Evidence » - que ne permettaient pas les précédents LP confiés tous azimuts aux beatmakers du coin. Seul aux manettes, le MC/producteur des Dilated Peoples privilégie les sonorités dépouillées avec plus ou moins de succès. La boucle de « The Hustle Part II » est aussi ennuyeuse que le refrain du titre, « don’t be mad at the hustle », fredonné sans conviction. La production de « No Question », malgré un premier couplet percutant assuré par Killa Ben, manque elle aussi cruellement d’intérêt. De même pour « Get Down or Lay Down », dont le beat soporifique et ultra répétitif alanguit des MC’s comme « enspliffés ». On regrette alors les sonorités martiales à la « Pure Coke » sur lesquelles Planet Asia pouvait lâcher ses meilleures punchlines. Surtout lorsque le MC joue au soupirant avec « In Love », titre gentillet, qui sent le déjà vu (les premières notes de « Worst Comes to Worst » mélangées au refrain de Jonell sur « All I Need is You ») et pour tout dire, inutile.

Jason Green s’en sort pourtant très bien sur « Get Active » où, BPM au plus bas, il débite avec talent le flow haché et précis qu’on lui connaît depuis « In Your Area ». Mais c’est à la plage 12 qu’on en veut le plus à Evidence. « Ghetto’s Thirsty » est triste et endormant comme une soirée sans Red Bull dans le hood. Le message « conscious » de Planet Asia a d’autant plus de mal à passer qu’il est assorti d’un refrain mièvre au possible (« Keep your Head Up / Stay Focused…»).

Heureusement pour les voisins de chambrée que nous sommes, l’album comporte une majorité de beatsDa Prescription » qui ouvre l’opus et sur lequel Planet Asia remet en jeu son titre de « hardest independent artist ». On retiendra aussi les ritournelles de « That’s On Me » ou de « Stick & Move », laquelle est bien mal exploitée par Prodigy. Sur « Over Ya Head », Black Thought se montre plus inspiré que son partenaire de la conférence Est. Le rappeur des Roots et Planet Asia, bien synchrones, se font menaçants sur une instru sombre plutôt réussie. Le titre éponyme de l’album, « Medicine » reçoit lui aussi les faveurs de l’équipe hospitalière. Epurée au possible – un riff de guitare presque exclusivement -, l’instrumentale entraînante permet à P.A de mettre en valeur son meilleur phrasé. Enfin, « the moment that [we’re] waiting for », le double Rasco/Planet Asia vs Evidence/Rakaa, conclut l’album de façon plaisante, avec avantage aux Cali Agents.

Visiblement remis sur pied, Planet Asia offre au final un album plus que correct pour boucler une trilogie moins convaincante. On attend maintenant que le vigoureux MC de la Bay Area reprenne des forces et de l’inspiration afin de nous livrer une œuvre qui, au contraire de « The Medicine », saura trouver une place parmi nos classiques.

 

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