L'Europe de la culture à réécrire en capitales

Publié le par Mat

    Sibiu, capitale de l’Europe. Annoncée comme telle, la nouvelle peine à faire son chemin. Pourtant, cette ville roumaine située en plein cœur du pays, dans la Transylvanie historique, peut se targuer d’avoir été élue Capitale européenne de la culture pour l’année 2007. Un honneur qu’elle partage avec Luxembourg. Deux capitales pour un espace culturel commun : c’est l’une des innovations que la Commission européenne a mises en oeuvre afin de redynamiser un projet quelque peu dévoyé.


    Lancée en 1985, à l’initiative de Melina Mercouri, ministre grecque de la Culture
, l’idée d’élire pour douze mois une capitale culturelle européenne apparaissait des plus louables. Dans une Union économique en pleine construction, le but était avant tout de mettre en valeur le développement artistique et culturel européen. Tout en contribuant au rapprochement des citoyens autour de leur patrimoine commun.

    Pourtant, vingt ans plus tard, malgré l’intérêt croissant des cités européennes pour la manifestation, son retentissement ne dépasse guère les frontières nationales des villes promues au rang de Capitale de la culture. Si Lille 2004 est resté dans les mémoires un peu au-delà du bassin nordiste, rares sont ceux qui se souviennent en France du port grec qui incarnait, l’année dernière, l’identité culturelle de l’UE…? La preuve.[1]

 
Opération marketing

    Au fil des saisons, la perspective européenne des projets semble ainsi avoir été sacrifiée. Il faut dire que les métropoles du Vieux continent ont vite perçu les bénéfices « personnels » à tirer de l’organisation d’une « réjouissance culturelle » de portée internationale. Notre ville d’abord, l’Europe ensuite.

    Dans sa décision du 24 octobre 2006, censée dépoussiérer la manifestation pour les années 2007 à 2019, le Parlement européen rappelle ainsi en préambule que les villes européennes de la culture ont profité
« d’une incidence positive en terme de retentissement médiatique, de développement culturel et touristique et de sensibilisation des habitants à l’importance de la désignation de leur ville. » Mais que dans le même temps, la dimension européenne est trop souvent relayée au second plan. Quand elle existe. Au point que la manifestation ne finisse par s’apparenter à un outil de promotion marketing pour municipalités en quête de reconnaissance. Et tant pis pour la valorisation de la richesse culturelle de l’Europe.


    La
récente prestation de Lille illustre bien le problème. En 2004, la ville nordiste a rassemblé autour d’elle tous les acteurs de la vie culturelle locale pour une manifestation jugée des plus réussies. Selon Clara Doussineau, chargée des affaires européennes au ministère de
la Culture
, la collaboration a même largement dépassé les frontières du monde artistique : « Sur les 80 millions d’euros de budget de programmation de Lille 2004, 17 % provenaient des partenaires privés ». Un investissement financier à long terme pour les entreprises du cru, premières bénéficiaires du boom touristique qu’a connu l’agglomération lilloise cette année-là. Mais à l’échelle communautaire, un investissement culturel à très court terme, faute de cette plus-value européenne inscrite dans le cahier des charges.
 
   
    Tout à son dossier de candidature de Lyon 2013, Jeanne Wagner de Reyna ne s’en cache pas. Au vu de l’exemple lillois « en termes touristique, hôtelier et du rayonnement de la ville », devenir le centre culturel de l’Europe le temps d’une année serait une belle opportunité pour la capitale des Gaules. Et un prétexte tout trouvé pour fédérer tous les acteurs de Lyon et du Grand Lyon : « Cela permettrait de passer à une vitesse supérieure dans l’élaboration des projets que la ville souhaite mettre en place. »


    Eric Pringels, représentant d’un collectif d’artistes en faveur de « Marseille 2013 », dit les choses autrement : « Devenir capitale culturelle, c’est avant tout un alibi permettant de rentabiliser des investissements immobiliers et touristiques. Il s'agit d'une opération de marketing à rajouter aux expos universelles et coupes du monde de tralala… »


Double nomination

   
    Bien loin donc, les desseins originels du projet. La Commission européenne n’est d’ailleurs pas dupe. Les conclusions du rapport Palmer, commandé par Bruxelles, sont sans ambages. En Août 2004, cette étude portant sur les Capitales européennes de la culture entre 1995 et 2004, dressait un bilan très critique des manifestations passées : « La dimension culturelle des Capitales a été estompée par les ambitions politiques, et par des intérêts et des priorités qui ne sont pas culturels au premier chef. La dimension européenne n’a pas été un centre d’intérêt premier, et le potentiel des Capitales n’a pas été exploité afin de promouvoir  l’intégration et la coopération européenne ».

 
    Pour remédier à cet état de fait, le Parlement européen, par sa décision  du 24 octobre 2006[2], a décidé de modifier le mode de désignation des Capitales culturelles. Elargissement oblige, à partir de 2007, deux villes européennes se partageront le prestigieux titre, décerné chaque année suivant un système de rotation soigneusement établi. « La décision est le résultat de deux volontés : ne pas léser les nouveaux Etats-membres et créer un lien entre les deux pays fanions », explique Clara Doussineau. « La double nomination permettra, on l’espère, de faire travailler ensemble les deux villes qui accueilleront l’événement. Mais ce sera aux candidats de voir comment ils veulent mettre en valeur la dimension européenne de leur projet. Rien n’est obligatoire ».                                                          
    L’équipe de Lyon 2013, elle, a déjà pris les devants pour convaincre le jury  qui élira le 31 décembre prochain la ville-fleuron de la culture française.  Pour convaincre les 13 experts ès matières culturelles (7 désignés par les institutions européennes, 6 par l’Etat membre concerné) la cité rhodanienne a engagé un partenariat avec Kosice. Car en 2013, ce sera une ville slovaque qui tiendra le haut de l’affiche culturelle avec sa consoeur française. « Pour autant, il n’y a pas de jumelage prévu entre les deux villes organisatrices », prévient Claire Doussineau. Même si un projet conjoint avec une candidate slovaque constituerait « un plus »…

    Bon point donc, pour les Lyonnais, qui ont pris l’habitude de rafler les titres nationaux. Mais la concurrence s’annonce sévère sur le terrain culturel. La belle niçoise, la voisine stéphanoise, la rose toulousaine ou encore Strasbourg l’européenne se sont déjà déclarées candidates par voie de presse. Mais c’est du côté de Marseille qu’on se montre le plus optimiste. Et même si, comme on le rappelle au ministère de la Cutlure, « le dépôt des candidatures ne se fait officiellement que le 15 novembre 2007 », près de la Méditerranée, les superstitieux goûtent déjà la victoire : « Ici, tout se termine en 13, les plaques minéralogiques, les enseignes de bistrots, les programmes institutionnels du conseil général : cette année sonne comme une évidence ! » Malheureusement, ce n’est pas encore la Bonne Mère qui décide.





La ville de Sibiu, centre culturel des Saxons de Transylvanie, a été désignée capitale européenne de la Culture en 2007. Elle partage le titre avec le Grand-Duché de Luxembourg. En 2013, ce sera au tour d'une ville française et d'une consoeur slovaque de tenir le haut de l'affiche culturel.


[1] Et non Jean-Pierre, il s’agissait de la ville de Patras !

[2] Décision N°1622/2006/CE DU PARLEMENT EUROPEEN ET DU CONSEIL du 24 octobre 2006 instituant une action communautaire en faveur de la manifestation « Capitale européenne de la culture » pour les années 2007 à 2019.

http://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/index-2013.html

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Publié dans Exercices CFJ

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