Au petit trot, les éboueurs de l'ombre

Publié le par Mat

Ils travaillent, vous dormez. Les éboueurs de Caen-la-Mer font leurs tournées de ramassage tôt le matin. Une course sans freins et pleine d'entrain.


5 h 40 du matin... et même pas un petit café pour démarrer. Dans les entrepôts de Caen-la-Mer, rippeurs et chauffeurs débutent leur tournée. Plus vite elle aura commencé, plus vite elle sera terminée. Juste le temps d'enfiler chaussures de sécurité et gilet fluorescent avant l'embarquement. 5 h 45 pétantes, le camion benne de l'agglomération s'en va pousser ses vrombissements à travers Mondeville, encore plongée dans l'obscurité. Les trois éboueurs du Sivom des Trois Vallées, régie directe de Caen-la-Mer, n'ont pas l'intention de finir leur nuit sur le véhicule. Dynamiques et pleins d'entrain. Même de bon matin. « C'est une question d'habitude, relativise Jean-Louis, 47 ans, dont quinze dans le métier. Et puis l'avantage de travailler à cette heure-là, c'est qu'il n'y a personne sur les routes. »


Équipe soudée


Impasses et rues sans encombre, premiers arrêts dans la zone d'activité de Mondeville. Quelques grilles à décadenasser pour atteindre les poubelles. « C'est fermé pour que les SDF ne viennent pas fouiller dedans », explique Victor avant de reprendre son ramassage. Toujours au petit trot. Toujours le gain de temps...

Un métier endurant ? « Oui, c'est vrai, convient le jeune homme de 21 ans. Je fais du vélo à Évreux donc ça va... » Et puis avec une équipe soudée, on affronte mieux la difficulté. Dès qu'il le peut, Louis, le chauffeur, n'hésite pas à sortir de sa cabine pour prêter main-forte. Question de solidarité aussi. « Avant j'étais rippeur, explique-t-il. Donc je connais bien la difficulté du travail. »

Conteneurs de particuliers ou bennes collectives avalés au même régime : pas une minute à perdre. Le trio avance dans sa tournée à mesure que le jour se lève. Dès 6 h 30, le camion croise les lève-tôt du quartier. « Toujours les mêmes personnes. Le papy qui va promener son chien et les travailleurs qui partent à l'usine », décrit Jean-Louis. Lui a commencé sa journée à 5 h 45. Elle finira vers 13 ou 14 heures. « L'été, c'est un peu plus rapide car il y a des personnes qui ne sont pas là. Les écoles sont fermées et certaines entreprises en vacances. » En contrepartie, il y a l'odeur. « C'est sûr, confirme Jean-Louis. Les coquilles de moules laissées dans une poubelle pendant trois jours en plein cagnard, ça se sent... »

Pour autant, hormis ce désagrément, « rien au monde » ne ferait descendre les rippeurs de leur marchepied. « Quand je vois mes conditions de travail et mon salaire, je n'ai vraiment pas envie de changer de profession », assure Jean-Louis, une casquette vissée sur la tête. Ses collègues ne disent pas autre chose. « Ce n'est pas un métier facile mais nous ne sommes pas à plaindre », assure Louis, les yeux rivés sur la caméra embarquée qui lui sert de rétroviseur. Une marche arrière et c'est reparti.

Le camion continue d'avaler goulûment tout ce qu'il croise sur son passage, avant d'aller recracher ses 8,5 tonnes de détritus à l'incinérateur de Colombelles. Une benne bleue y passe. « Dans les immeubles, les gens ne savent pas classer les déchets, déplore Jean-Louis. Il y a peut-être dix personnes qui vont faire le tri, mais la 11e va mettre ses canettes dedans. » Il a vu pire. « La dernière fois, un vieux monsieur m'a dit qu'il y avait mis son chien. Logiquement, j'ai refusé de prendre sa benne. Je lui ai dit d'aller voir un vétérinaire. » Rippeur, c'est déjà un métier à temps plein. Sans pause... « Si, des fois, vers 9 h 30, le temps d'un petit café. »

 

5 h 45. Début de tournée pour le camion benne de Caen-la-Mer avec un passage par la zone d'activité de Mondeville.


 


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Publié dans Ouest France

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