Alain Finkielkraut vs Eyal Sivan: BHL s'en mêle

Publié le par Mat

    A ma gauche, Alain Finkielkraut, philosophe poids lourds, médiatique et controversé. A ma droite, Eyal Sivan, réalisateur israélien poids plume qui « n’a pas d’émission sur France Culture » et se présente volontiers en outsider. Seulement cette fois, c’est le challenger « inconnu » qui a eu l’initiative de l’attaque. Le cinéaste interjetait appel, hier, d’une décision rendue le 27 juin 2006, relaxant le philosophe d’une plainte pour diffamation.

L’affaire remonte au 30 juin 2003. Ce jour-là, Alain Finkielkraut était amené à commenter sur RCJ (Radio Communautaire Juive) le documentaire « Route 181 », co-réalisé par Eyal Sivan et Michel Khleifi. Il déclarait alors que le film était « une atteinte à toutes les vérités factuelles » et constituait « un appel au meurtre » avant de se fendre d’une attaque ad hominem à l’encontre d’Eyal Sivan, accusé d’être « l’un des acteurs de l’antisémitisme juif ».

D’acteurs, il fut question. Rappelant que « dans acteur, il y a actif », le trépignant Eyal Sivan a expliqué, sans gants, sa manière de voir le monde depuis son université de Sderot, mitoyenne de la bande de Gaza, assaillie de tirs de roquettes Qassam : « Un Etat n’est pas une maison d’assurance où l’on se réfugie (…) Il [Alain Finkielkraut] ne vas pas me donner de leçon sur la façon de parler de mon pays ». Cité comme témoin, Dominique Vidal, « Monsieur Proche-Orient » au Monde diplomatique, a de son côté rappelé « la dérive » du philosophe depuis la seconde Intifada palestinienne.

Sans un regard pour ses contradicteurs, Alain Finkielkraut avait ramené l’artillerie lourde à la rescousse. « Après Elie Barnavi et Claude Lanzmann, cette fois-ci c’est Bernard-Henri Lévy », raille Eyan Sivan qui n’a « pas les réseaux en France » pour trouver des sparring partner de tant de valeur. « Je ne suis pas un ami » se dédouane le philosophe dandy. « Je suis venu parce que je pense que Finkielkraut a raison. Le film est ignoble et je souhaite défendre la liberté d’expression ».

Au cœur de la critique, c’est « le parallèle obsessionnel entre les agissements d’Israël et la Shoah » qui met hors de lui le professeur de philosophie, à la limite constante de l’emballement, entre deux locutions latines et une référence à St Paul. S’il trouve le documentaire « indigne de porter ce nom », Alain Finkielkraut se défend pourtant d’avoir ruiné la carrière d’Eyal Sivan, interdit de film chez Arte.

« Il y a de la haine des deux côtés », s’enthousiasme l’avocat d’Eyal Sivan entre deux rounds. « De toute façon, cela se finira en cassation », lance un autre juriste. Le combat n’est pas fini. La cour rendra son arrêt le 28 mars.


"Route 181", le film par lequel le scandale arrive. Après avoir vu le film, Alain Finkielkraut avait accusé Eyal Sivan, réalisateur israélien, d'être "l'un des acteurs de l'antisémitisme juif".

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Publié dans Exercices CFJ

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