Scratch orchestre héros

Publié le par Mat

Un show de DJ à huit mains. Ce n’est pas au mariage de tata Odile ou au camping de la plage que vous verrez cela. Forcément, pour ceux dont le poil se hérisse à chaque trituration de disque, pas besoin de s’y mettre à huit pour bousiller le Best Of Graeme Allwright de papa. Et puis d’abord, ça sert à quoi de « scratcher » ?

 

Les Birdy Nam Nam en action

Le scratch, c’est ce jeu étrange auquel les disciples du MP3 n’ont pas (encore) droit. Matériel requis : une platine vinyle. Règle unique : créer des sons à partir d’une composition musicale. Ou inversement. Le procédé, inexplicablement jouissif, consiste à faire voyager un disque sous la tête de lecture d’une platine de façon à produire des sonorités pour le moins…grinçantes.

 

Né au tournant des années 1980 des mains géniales du New-Yorkais Grand Wizard Theodore, le scratch a longtemps servi à agrémenter les instrumentations d’artistes hip hop[1], électro voire métal. Mais la pratique se suffit désormais à elle-même. Logique, selon Yome, « joueur de tourne-disques » à ses heures perdues : «  Les DJ ne veulent plus servir d’appoint aux chanteurs. Ils essaient maintenant de se mettre en avant ». Foin des concours techniques et des « battles » fratricides où s’affrontent les virtuoses de la galette. Les DJ, groupés en collectifs, passent de l’expérimentation à la composition musicale. Vous avez dit « musicale » ?

 

Plus qu’un accessoire acoustique, certains « turntablists » (dee-jays) revendiquent leur rôle de créateur. « Un turntablist est une personne qui utilise les platines non pour jouer de la musique mais qui isole et manipule les sons pour créer de la musique », selon la définition de DJ Babu [2], à l’origine du néologisme. Prenez-en quatre, que multiplie deux (mains) et vous obtenez une formation orchestrale des plus originales. Un sample de batterie, un riff de guitare, John Coltrane ressuscité au sax et Ella Fitzgerald pour survoler le tout.

 

« C’est de la musique dont l’instrument central de composition est la platine », explique DJ Need, membre du groupe Birdy Nam Nam[3], qui réfute l’appellation de « scratch musique ». « On ne fait pas de la piano-musique quand on joue du piano. Notre instrument ne définit pas le résultat produit ». Un argument auquel souscrit volontiers Coup 2 Cross, l’autre collectif phare du dee-jaying français, qui se produira ce soir dans les cales du Batofar[4] : « Les Birdy Nam Nam tendent vers l’électo tandis que nous sommes plus inspirés par la Black Musique ».

 

Peu importe le style, le grand public commence à secouer la caboche en cadence. « 98 % de nos fans ne connaissent rien au scratch », assure DJ Need dont le groupe, qui a déjà vendu 25 000 albums, s’est fait ouvrir les portes de l’auditorium du Louvre. Parmi les admirateurs de longue date, certains semblent étonnés de cette nouvelle audience : « Au niveau technique, ce que font ces DJ, c’est super difficile. Visuellement, c’est terrible. Mais je ne comprends pas bien comment le profane peut apprécier parce que ça ne ressemble à rien au niveau sonore », s’emballe DJ Yome. « Nous avons conquis nos spectateurs grâce aux tournées », admet DJ Need. « Mais nous sommes reconnus pour notre travail mélodique. Nous avons eu des sollicitations pour des BO de films, des pièces de théâtre, nos morceaux sont repris par des orchestres classiques…Même ma mère, qui a soixante ans, apprécie certains morceaux de l’album ».


[1] Le premier morceau de scratch est de Grand Master Flash avec "The adventure of the Wheels of Steel" (1979). Celui qui a fait découvrir le scratch au monde est Rock It de Herbie Hancock (1983) avec DXT aux platines.

[2]  Membre du collectif Beat Junkies et DJ attitré des Dilated Peoples.

[3] Emanation des « scratch action hiro », le groupe est formé de DJ Pone, DJ Crazy B, Little Mike et DJ Need.

[4] Batofar, 36 Quai de la gare, Paris, à partir de 23h30 - 06h. Gratuit pour les filles avant minuit trente Entrée : 5 euros




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Publié dans Exercices CFJ

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