L'Oeil du Maître africain

Publié le par Mat

                « Dans le photojournalisme, il y a la photo et le journal, moi ce qui m’intéresse, ce sont les histoires ». Et Pascal Maître en a plus à raconter qu’il n’y a de poses dans sa pellicule photo; de ses rencontres avec le commandant Massoud aux sorties sous escorte à travers les rues anarchiques de Mogadiscio. Il y a ces récits, tous plus incroyables les uns que les autres, défilant au rythme des diapositives et ce ton, invariablement insouciant ; même lorsqu’il s’agit d’évoquer ces moments « qui sentaient mauvais » comme les partis de cache-cache à Haïti, les milices « tonton macoutes » aux basques ou l’animosité d’une foule, déchaînée par un tribun Taliban, qui se retourne contre vous. C’est que notre homme en a vu bien d’autres, lui qui, depuis près de 30 ans, a traîné les bandoulières de son boîtier Leica des cimes afghanes aux déserts sahéliens. Tant de bobines usées pour s’entendre dire : « finalement, la vie est assez universelle partout » ?

Plus que de l’indifférence ou de la nonchalance, ce constat lapidaire permet de mieux cadrer ce photographe hors norme que l’on imagine sans peine embarqué sur les routes poussiéreuses d’Afrique à bord d’un pick-up. Un homme robuste, pris de « hauts le cœur » devant les temples de la consommation francilienne et qui semble avoir fait de la simplicité son mot d’ordre. « Partout où l’on va, il faut prendre les gens normalement, en individuels (…) avoir un rapport très simple et assez sain ». Simplicité doublée d’une modestie qui rendrait presque le personnage facétieux lorsqu’il s’excuse : « je ne connais pas du tout la Chine…j’y suis allé…une ou deux fois ». Normal, en somme, pour un ostensible routard : montre-boussole au poignet, manches retroussées, jeans marron terre du parfait baroudeur-photo et visage teinté par ses récents voyages au Darfour ou en Somalie, ces « endroits totalement abandonnés et journalistiquement intéressants » qui l’ont pris aux tripes.


        Africain tout terrain

 

Car plus qu’un humaniste, plus qu’un routard de l’instantané, on a trouvé : Pascal Maître est Africain. Nonobstant ce crâne dégarni, imitation André Santini (maire de sa commune d’Issy-les-Moulineaux), l’homme a tout du parfait sage au pied de l’arbre à palabre lorsqu’il raconte ses aventures somaliennes. Une bonhomie d’abord, qui se lit sur ce visage scarifié de deux rides latérales, séquelles de trop de sourires. Un sourire, justement, laissant entrevoir des dents du bonheur typiquement africaines. Des gestes amples, ensuite, qui tournent au ralenti ; une voix posée, enfin, qui laisserait presque échapper un accent venu d’ailleurs.

Pascal Maître vient pourtant d’une contrée bien peu exotique, située quelque part autour de Châteauroux : Buzançais. S’il ne renie rien de ses origines berrichonnes, il concède une passion africaine. Une « affinité » pour le continent noir dont il croit remonter l’origine à sa plus tendre enfance : « Le voisin de mon grand-père était un ancien méhariste. Ce type, il avait un tas de photos d’Afrique, des selles de chameaux (…) et je pense que ça m’a marqué ». Les fruits du hasard aussi. Une candidature spontanée, un book et une embauche en guise « d’apprentissage » dans le Groupe Jeune Afrique. Avec des études de psychologie pour tout bagage, il se retrouve ainsi à 23 ans, armé de son appareil photo, aux côtés des combattants du Front Polisario. Puis très vite, « la routine » et un salaire pas très persuasif le poussent à prendre la tangente. A 28 ans, il rejoint l’agence Gamma, « très bonne école où l’on apprend la rigueur ». En 1989, avec la même bougeotte, il co-fonde « Odyssey Images », aventure avortée de nouvelle agence. Depuis, c’est en free-lance que ce photographe insatiable, admirateur de Matisse et Goguin mais qui se nourrit surtout « du travail des autres » parcourt le globe sans trop réfléchir à la suite à donner à tant de clichés.

Beaucoup moins volubile lorsqu’il s’agit d’évoquer sa situation familiale, « de toute façon compliquée », Pascal Maître semble bien décidé à bourlinguer encore et encore pour le compte de magazines français et internationaux. Après Time, Life, Newsweek ou Géo, il n’a pourtant plus rien à prouver à la planète photo. « De toute façon, il n’y a que ça qui m’intéresse » se justifie-t-il à la veille d’un nouveau départ pour le Mali (« une série de photos sur le Sahel »). A ceux qui lui parlent de l’après, il rétorque tranquillement avec une fatalité toute africaine « on verra bien ». Il lui reste de toute façon du travail à produire ; sur l’hexagone notamment, car malgré sa participation récente à un livre sur la « France du Rugby », notre voyageur n’a encore que trop peu laissé s’exprimer son objectif sur les terroirs nationaux. Ennemi de la grandiloquence, Pascal Maître tempère les ardeurs : « J’ai le temps pour la France, ça viendra après ». Et cela fera des histoires, encore et encore, à raconter sous l’arbre à palabre.



              Touareg du Niger, 1991
              Photo de Pascal Maître
              http://www.pascalmaitre.com




               Lekie-Assi, Cameroun, 2002
               Photo de Pascal Maître
               http://pascalmaitre.com
Publicité

Publié dans Exercices CFJ

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article