L'Oeil du Maître africain
Plus que de l’indifférence ou de la nonchalance, ce constat lapidaire permet de mieux cadrer ce photographe hors norme que l’on imagine sans peine embarqué sur les routes poussiéreuses d’Afrique à bord d’un pick-up. Un homme robuste, pris de « hauts le cœur » devant les temples de la consommation francilienne et qui semble avoir fait de la simplicité son mot d’ordre. « Partout où l’on va, il faut prendre les gens normalement, en individuels (…) avoir un rapport très simple et assez sain ». Simplicité doublée d’une modestie qui rendrait presque le personnage facétieux lorsqu’il s’excuse : « je ne connais pas du tout
Car plus qu’un humaniste, plus qu’un routard de l’instantané, on a trouvé : Pascal Maître est Africain. Nonobstant ce crâne dégarni, imitation André Santini (maire de sa commune d’Issy-les-Moulineaux), l’homme a tout du parfait sage au pied de l’arbre à palabre lorsqu’il raconte ses aventures somaliennes. Une bonhomie d’abord, qui se lit sur ce visage scarifié de deux rides latérales, séquelles de trop de sourires. Un sourire, justement, laissant entrevoir des dents du bonheur typiquement africaines. Des gestes amples, ensuite, qui tournent au ralenti ; une voix posée, enfin, qui laisserait presque échapper un accent venu d’ailleurs.
Pascal Maître vient pourtant d’une contrée bien peu exotique, située quelque part autour de Châteauroux : Buzançais. S’il ne renie rien de ses origines berrichonnes, il concède une passion africaine. Une « affinité » pour le continent noir dont il croit remonter l’origine à sa plus tendre enfance : « Le voisin de mon grand-père était un ancien méhariste. Ce type, il avait un tas de photos d’Afrique, des selles de chameaux (…) et je pense que ça m’a marqué ». Les fruits du hasard aussi. Une candidature spontanée, un book et une embauche en guise « d’apprentissage » dans le Groupe Jeune Afrique. Avec des études de psychologie pour tout bagage, il se retrouve ainsi à 23 ans, armé de son appareil photo, aux côtés des combattants du Front Polisario. Puis très vite, « la routine » et un salaire pas très persuasif le poussent à prendre la tangente. A 28 ans, il rejoint l’agence Gamma, « très bonne école où l’on apprend la rigueur ». En 1989, avec la même bougeotte, il co-fonde « Odyssey Images », aventure avortée de nouvelle agence. Depuis, c’est en free-lance que ce photographe insatiable, admirateur de Matisse et Goguin mais qui se nourrit surtout « du travail des autres » parcourt le globe sans trop réfléchir à la suite à donner à tant de clichés.
Beaucoup moins volubile lorsqu’il s’agit d’évoquer sa situation familiale, « de toute façon compliquée », Pascal Maître semble bien décidé à bourlinguer encore et encore pour le compte de magazines français et internationaux. Après Time, Life, Newsweek ou Géo, il n’a pourtant plus rien à prouver à la planète photo. « De toute façon, il n’y a que ça qui m’intéresse » se justifie-t-il à la veille d’un nouveau départ pour le Mali (« une série de photos sur le Sahel »). A ceux qui lui parlent de l’après, il rétorque tranquillement avec une fatalité toute africaine « on verra bien ». Il lui reste de toute façon du travail à produire ; sur l’hexagone notamment, car malgré sa participation récente à un livre sur la « France du Rugby », notre voyageur n’a encore que trop peu laissé s’exprimer son objectif sur les terroirs nationaux. Ennemi de la grandiloquence, Pascal Maître tempère les ardeurs : « J’ai le temps pour

Touareg du Niger, 1991
Photo de Pascal Maître
http://www.pascalmaitre.com
Lekie-Assi, Cameroun, 2002Photo de Pascal Maître
http://pascalmaitre.com